Jamais dans le passé, la planète n’a produit autant de biens et de richesses :
sur le plan de la production, on est à l’ère du turbo capitalisme du "tout, tout de suite".
Notre société se place dans une perspective de rentabilité de court terme et non de développement durable.
la répartition des richesses est inégale ; la fortune des trois personnes les plus
riches dans le monde dépasse le PIB de 48 pays les plus pauvres. 40 milliards de dollars pourraient suffire à satisfaire les besoins élémentaires des pays en développement, 40 millards,
c’est-à-dire 4 ù de la richesse des 225 plus grosses fortunes mondiales.
On voit par là que cette prospérité globale (dangereuse globalisation qui impose les mêmes règles partout !) exclut de plus en plus. Non seulement les pays les plus pauvres, mais encore
les laissés-pour-compte de la croissance dans les pays riches.
Au fur et à mesure que les échanges deviennent immatériels, les transactions uniquement financières, la place du travail humain, du lien social, du respect de l’environnement disparaissent.
Parler de gaspillage humain n’apparaît donc pas trop fort, quand une quantité de savoir-faire, de compétences, de capacités d’initiatives, de solidarités sont totalement laissés de côté.
L’économie de marché régulée par l’OMC constitue un schéma totalitaire qui conduit à un rapport de force entre le travail et le capital au profit de ce dernier.
Le modèle de l’entreprise qui avait pour devoir de garantir le bien-être de ses employés a été remplacé par un autre selon lequel les chefs d’entreprise doivent créer de la valeur à court terme
pour les actionnaires.
Cette politique a comme résultat concret une pression visant à réduire les avantages sociaux des travailleurs et l’émergence d’un lobbying politique en faveur de l’allègement des charges.
On en perçoit les aspects dans : les délocalisations qui représentent 200 000 à 300 000 emplois perdus depuis 15 ans en France. C’est le moyen d’investir dans un pays où les coûts de main
d’œuvre sont faibles et le taux de productivité élevé permettant de réimporter une partie de production au mépris des droits humains et de bon sens.
Est-il responsable d’expédier le lait des vaches autrichiennes en camion en Grèce pour le transformer en yaourts avant de réexpédier ceux-ci, toujours par camion, en Autriche sous prétexte que
l’Europe sociale n’existe pas et que l’on peut jouer impudemment sur des coûts de main d’œuvre déséquilibrés , Va-t-on, par des infrastructures continuer à encourager de telles inepties quant
on sait les effets en gaspillage d’énergie, en impact sur la santé humaine, en drames sociaux et en destruction des territoires ? Des maillages de proximité sont laissés à l’abandon. Pour
endiguer cette gabegie routière il faut passer par un basculement du fret vers le ferroutage et le cabotage.
Enfermés dans les rigidités économiques issues de l’application du pacte de stabilité et de croissance, les pouvoirs publics développent de la précarité et de la flexibilité.
Tel est le fondement du CPE et du CNE motivés par un recrutement plus facile nous dit-on, sauf que le quotidien nous montre qu’on peut licencier même avec un CDI. Deux contrats précaires
méprisants et stigmatisants pour la jeunesse, et destructeurs pour le code du travail qui est malmené dans les travaux de recodification en cours. Ainsi pour des raisons de logistique, les
formules impératives disparaîssent. Là où le code dit actuellement l’employeur doit consulter le comité d’entreprise, on aurait l’employeur consulte le comité d’entreprise. La formation ne
serait plus un droit, c’est à l’employeur d’apprécier la nécessite de former son salarié.
Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de la jeunesse et l’existence du code du travail.
Tout cela s’inscrit dans une volonté de dérèglementation et de flexi-précarité visant à satisfaire les organismes internationaux et les patrons. Tony Blair dit "il faut flexibiliser,
précariser." M. de Villepin fait la même chose sans le dire. Rien ne leur fait peur, les aberrations sont écrites : "en cas de rupture du contrat, à l’initiative de l’employeur, au
cours des 2 premières années, il ne peut être conclu de nouveaux contrats 1re embauche entre le même employeur et le même salarié avant que ne soit écoulé un délai de trois mois à compter du
jour du précédent contrat" article 8 du projet du CPE dont son retrait ne peut que nous réjouir.
Le vrai problème sont les jeunes qui n’ont aucune qualification. 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification. Les jeunes sans diplôme se retrouvent à 30 % au chômage alors
qu’il est de 6 à 7 % pour ceux qui ont fait des études supérieures. C’est bien un problème de formation et cela la politique l’évacue. L’effort doit donc porter sur l’apprentissage et les
contrats de professionnalisation.
Les réponses aux conséquences néfastes de la mondialisation doivent s’envisager dans le cadre d’un développement durable.
La question est de savoir comment concilier le concept de développement durable avec cette logique d’expansion quantitative :
une des solutions pourrait résider dans la décroissance, mais c’est un spectre inacceptable
pour les pays industrialisés et les pays émergents. Sauf qu’il ne peut y avoir de croissance illimitée dans un territoire lui-même limité. Les ressources naturelles nous le rappellent. La
ponction des hommes sur les ressources naturelles compromet la survie de nombreux écosystèmes, et a eu pour conséquence une perte substantielle de la biodiversité, irréversible dans une forte
proportion.
une autre solution passe par la ré-appropriation du politique : chez les 15/25 ans la
politique est connotée de manière très péjorative. Elle est assimilée au dogmatisme idéologique, aux pratiques partisanes. Ce qu’ils déplorent au fond c’est que les intérêts économiques et
militaires soient prioritaires par rapport aux droits humains. Ils sont tout à fait disposés à rejoindre les mouvements dès lors qu’on leur propose des formes d’engagement qui donnent une
dimension à leur citoyenneté. L’occupation par les sans papiers de la basilique St Denis est un bon exemple. L’engagement s’enracine souvent dans le sentiment d’injustice. Or s’il apparaît que
l’injustice est le fruit de la politique, alors de plus en plus de personnes sont prêtes à prendre le risque judiciaire de situer leur action hors du cadre légal (ex. faire arrêter un convoi de
déchets nucléaires) recherchant la légitimité de l’action.
Qui ne fait le constat que la communication se substitue à la politique ?
Réhabiliter le politique par une participation citoyenne
Le taux d’abstention aux dernières élections, l’absence du citoyen dans les séances locales (conseils municipaux, conseils généraux) font penser que notre société souffre de déficit à la chose
publique. Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant d’associations que ces dernières années. Elles s’organisent, s’obstinent à résister, à monter des projets et à renforcer la société civile en
vue de changement.
Qu’est-ce qui peut expliquer ce paradoxe ?
La difficulté de prendre part à la vie politique tient :
à la structure pyramidale du parti qui gagnerait à se laisser traverser par d’autres
réseaux. C’est une réflexion à mener à l’intérieur de chaque parti.
à la règle du parti qui se pose en terme d’enjeu électoral et qui par conséquent creuse le
fossé entre la base et lui par des calculs électoralistes. Ces calculs se sont traduits par des parachutages lours de conséquences.
aux moyens financiers donnés aux partis, sachant que les petits partis sont les laissés
pour compte.
à la professionnalisation du politique (avec les mêmes têtes d’affiche) qui est en soi un
véritable danger dans la mesure où les réflexions à long terme cèdent le pas aux réflexions à court terme ; les échéances électorales obligent. Ce qui m’amène à reposer la question du
cumul de mandat dans la limite temporelle. Pourquoi ne pas envisager un mandat renouvelable un fois ?
au déficit de dialogue entre la société civile et le politique. La prise de conscience est
souvent désamorcée. Pourtant il n’y a pas d’un côté les méchants (la société civile) et de l’autre côté les gentils (le politique). Les deux sont essentiels et l’un engendre l’autre. La
question de l’équilibre entre les deux est centrale. Il faut sortir de la verticalité de la politique.
Une réhabilitation de la politique passe par une autre traduction des rapports entre la société civile et le politique. Elle se pose en terme de mutualité de besoins où chacun apporte à l’autre
et s’enrichit de l’autre. Elle passe aussi par une prise de conscience du vote qui n’a pas de prix mais toujours des conséquences. Aussi donnons lui du sens en accompagnant celles et ceux que
nous élisons pour les encourager, les contrôler et les obliger à nous entendre et à s’approprier la citation de Voltaire : "Je ne suis pas d’accord avec vous mais je ferai tout pour que
vous puissiez vous exprimer".
C’est tout le débat de ce soir...
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